Sous le soleil de Raphy Rafaël
Mis en ligne le 14/07/2010
Il y a du soleil dans le nouvel album de Raphy Rafaël. Depuis la lumineuse introduction éponyme « Zahori ! », « un mot d’origine arabe qui signifie le sourcier, celui qui trouve l’eau, la joie », nous dit-il. Jusqu’à l’entraînant « Viva el sol de la mañana » (Vive le soleil du matin) qui sonne comme un envoi, « un appel à lâcher tout : c’est le soleil qui reprend le dessus ». Il y a de la chaleur, aussi, dans les couleurs et matières privilégiées par l’auteur-compositeur-interprète belgo-espagnol (né en Afrique), entouré, pour le coup de trois comparses : du jaune-orangé, du bois (celui des instruments, entre autres), et de belles polyphonies vocales, les musiciens étant aussi chanteurs.Pas facile, soit dit en passant, confie Raphy Rafael, de trouver dans nos contrées « des musiciens sachant aussi chanter, et créant une cohérence vocale » .
Il y a du vécu, dans ce « Zahori ! » enregistré d’avril 2008 à octobre 2009 : le disque se nourrit de la tournée du même nom qui se déroule en parallèle.
Il y a de la poésie, surtout, et d’ailleurs pas mal de textes empruntés à des poètes, dont l’Allemand Herman Hesse, le Belge Maurice Maeterlinck, l’Espagnol Rafael Alberti Merello… « Que ce soit par les mots, les notes, les images, les costumes, je tiens beaucoup à la dimension poétique, à cette part de mystère qu’elle nous permet de toucher. Avec peu de choses, faire rêver », résume Raphy Rafaël. C’est vrai, certains textes, tournures, métaphores ne se capturent pas au vol, à la première seconde. Mais on peut, « sans comprendre tous les mots, au premier degré, comprendre le sens global », note l’artiste. « J’aime la lenteur, je n’aime pas le rythme de l’immédiateté », ajoute-t-il. Un disque, cela se réécoute, un livret, cela se feuillette. « Pourquoi le livre tient-il encore aujourd’hui par rapport au virtuel ? C’est un univers. On s’installe dans un fauteuil, on boit une boisson… »
Si les titres qui composent l’album n’ont pas tous été écrits récemment, l’un d’eux prend du relief en ces temps de crise politique. « Comme la moitié de la Belgique », « nouvel hymne international belge », rappelle que nous sommes tous « métisses » d’une façon ou d’une autre, à moitié espagnols ou marocains, tous un peu flamands, wallons, bruxellois. Une devise ? « Avec tout votre respect, Foutez-nous un jour la Paix ! ».
« Hou-la-la » attire aussi l’attention, par sa thématique rarement traitée (« Mon père et ma mère se font l’amour ») et ses paroles parfois explicites quoique humoristiques (« C’est vrai qu’à eux deux, leurs débats érotiques, c’est la moitié du réchauffement climatique »). « 80 pc des gens reçoivent cette chanson de manière positive. D’autres sont choqués, indique Raphy Rafaël. Je ne vois pas où est le problème. C’est frontal, mais aussi délicat, poétique, pas grivois, il y a du second degré, et c’est aussi une chanson d’amour. Des enfants à qui on a demandé ce qu’ils en pensaient ont répondu : C’est la vie ! »
En filigrane, « Zahori ! » parle de grandir, et grandir c’est aussi se tromper (« l’important, c’est ce qu’on fait de nos échecs ») et prendre des risques.
Tandis qu’une chanson telle « Si yo estuviera cansado » (Si j’étais fatigué) nous redit qu’il n’est pas besoin d’aller chercher loin le bonheur, décode Raphy Rafaël. « Il suffit de creuser sous nos pieds ». (S.L.)