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Raphy Rafaël

On ne fait pas pousser un arbre en tirant sur ses branches
- proverbe amérindien -

Quoi de neuf depuis trente ans? Depuis cet instant magique autant que terrifiant où il monta pour la première fois en scène avec son frère Yves et leur ami Jean-Pol, leur pote guitariste, à la fête annuelle de leur école ?

Quelle différence entre le Raphy d’alors et le Raphy Rafaël d’aujourd’hui ?

Sur le fond, aucune; toujours cette belle guitare et cette même tendresse. Sur la forme, tout, ou plutôt, les choses ont grandi, mûri, se sont approfondies, lentement, sûrement, avec bien sûr quelques creux, quelques bleus, quelques bosses mais toujours cette belle ténacité, un peu comme un arbre qui, d’année en année, s’agrandit d’un cercle concentrique qui l’enrichit, lui donnant plus d’épaisseur, de profondeur, de force.

Tant qu’il y aura des chansons, rien n’est perdu

Embarquant au début des années quatre-vingts dans la “chanson
pour enfants”, c’est dans cet écrin qu’il évolue au fil de spectacles, disques, voyages pour aujourd’hui nous donner à goûter un univers d’une belle luminosité, d’une belle densité, foncièrement “tout public” ou, si vous préférez, pour “adultes accompagnés”.“Dans mon pays, il n’y a pas de chanteur pour enfants, il y a des chanteurs qui s’adressent à tout le monde et chacun prend ce qui lui convient” lui disait un jour un vieux sage congolais croisé au coin de l’Afrique. A l’heure de toutes les dérives, qu’elles soient guerrières, médiatiques, économiques, politiques, la qualité du regard, la poésie et donc une certaine chanson ne constituent-elles pas cet acte de « résistance joyeuse », cet acte de foi qui redonne force, courage et coeur à l’ouvrage?

A chaque chanson nouvelle, son air d’autrefois“-
- proverbe yiddish -

C’est donc bien ancré dans son enfance et ses racines, qu’elles soient castillanes, brabançonnes ou congolaises (Raphy est un passionné de flamenco, de bières trappistes et de danses africaines) qu’il nous propose aujourd’hui, loin des modes, près du coeur, un territoire où les chansons sont un moyen formidable autant que fondamental de construire des ponts, lancer des passerelles, des bouteilles à la mer, tisser des liens, chansons de traverse, généreuses, magnanimes, patiemment taillées mais toujours à hauteur d’homme. Des musiques ouvertes aux découvertes, aux rencontres, aux mé-tissages, “toutes voiles dans le vent de la vie”. Et comme un bonheur ne vient jamais seul, le voilà tout fraîchement grand-père d’une belle petite Anna. Beau “coup de jeune” pour repartir de plus belle sur les routes de la planète.

Pour trente nouvelles années?

Bon voyage et “vaya con Dios”!

Tout le bonheur des hommes est dans des vallées bien petites car il faut que d’un bord à l’autre on puisse s’appeler”.
- Jean Giono -